Deux réponses israéliennes à la faim

L’entreprise de biotechnologie Believer Meats s’adresse aux chaînes d’approvisionnement industrielles, tandis que POWERLENS combine des procédés low-tech connus pour créer une installation mobile destinée à produire là où les marchés échouent, et ce, un produit qui ne fait pas défaut : la petite lentille d’eau.

POWERLENS tente de dissocier l'alimentation des conditions industrielles.

POWERLENS tente de dissocier l’alimentation des conditions industrielles. Image : ynet

Ces dernières années, Israël est devenu un acteur important du débat mondial sur la sécurité alimentaire. Dans ce cadre, des approches très différentes ont émergé sous un même objectif — lutter contre la faim — tout en définissant cet objectif de manière fondamentalement différente.

Deux exemples illustrent cette diversité : Believer Meats, une entreprise de biotechnologie qui ambitionne de produire de la viande cultivée à l’échelle industrielle, et POWERLENS, un mini-système alimenté par l’énergie solaire, développé par trois élèves, destiné à la production locale d’aliments riches en nutriments dans des régions dépourvues d’infrastructures stables.

Believer Meats mise sur la culture cellulaire : des cellules musculaires animales sont multipliées dans des bioréacteurs afin de produire de la viande sans élevage traditionnel. Le produit s’adresse à long terme aux marchés mondiaux, aux politiques alimentaires publiques et aux chaînes d’approvisionnement industrielles. POWERLENS, en revanche, combine des procédés low-tech bien connus — énergie solaire, hydroponie, conception modulaire — en une installation mobile destinée à produire protéines et micronutriments là où les marchés, les réseaux et les systèmes d’approvisionnement échouent.

Les deux approches répondent au même problème. Mais elles le font depuis des directions opposées.

La faim comme question systémique

Believer Meats adopte une lecture systémique de la faim. La pénurie est comprise comme la conséquence de modes de production inefficaces ou nuisibles au climat. La solution réside donc dans la substitution d’industries entières : moindre consommation de terres, moins d’émissions, production contrôlée, forte capacité de mise à l’échelle. La faim apparaît ici comme un problème de quantité, d’efficacité et de gouvernance des systèmes alimentaires.

Believer Meats souhaite garantir la sécurité alimentaire grâce à une révolution industrielle.

Believer Meats souhaite garantir la sécurité alimentaire grâce à une révolution industrielle. Image : calcalist

Cette approche s’inscrit aisément dans les politiques industrielles étatiques et les marchés mondiaux. Elle suppose toutefois des conditions stables : capital, réglementation, savoir-faire technologique, acceptation des consommateurs. Son efficacité se déploie là où les systèmes fonctionnent — pas là où ils font défaut.

La faim comme problème de contexte

POWERLENS part d’un autre point. Ici, la faim n’est pas d’abord comprise comme un déficit de production, mais comme le résultat de contextes fragiles : absence d’approvisionnement énergétique, logistique incertaine, instabilité politique, faible pouvoir d’achat. Le projet ne vise donc pas l’efficacité, mais la robustesse.

Le système est volontairement simple. Il renonce aux technologies complexes, à l’éclairage artificiel et au pilotage numérique. Le choix des plantes se fonde sur la densité nutritionnelle plutôt que sur la valeur marchande. Le succès ne signifie pas l’extension à grande échelle, mais la durabilité dans des conditions difficiles.

Alors que Believer Meats cherche à réindustrialiser l’alimentation, POWERLENS tente de la dissocier des prérequis industriels.

Logique de marché contre valeur d’usage

La différence centrale entre les deux approches réside dans le rôle du marché. Believer Meats est inconcevable sans lui. Investissements, coûts de production, autorisation réglementaire et acceptabilité des prix sont des éléments constitutifs du concept. La faim est abordée de manière indirecte, par la transformation des structures globales de l’offre.

POWERLENS, en revanche, n’est explicitement pas orienté vers le marché. Le projet suit une logique humanitaire plutôt qu’économique. Il est conçu pour être reproductible, non propriétaire, et s’adresse à des acteurs tels que les ONG, les organisations humanitaires ou les communautés locales. Son utilité se manifeste là où le pouvoir d’achat n’est plus une catégorie fiable.

Deux modèles d’innovation

Les deux projets incarnent des modèles d’innovation différents qui coexistent en Israël. L’un est tourné vers l’exportation, porté par le capital et technologiquement complexe. L’autre est contextuel, économe en ressources et volontairement limité. L’un cherche un impact global par les marchés, l’autre un impact local malgré la défaillance du marché.

Cette coexistence n’est pas une contradiction, mais l’expression de présupposés politiques et moraux différents sur ce qu’est la faim et sur la manière de la combattre.

Limites des deux approches

Ni la viande cultivée ni les mini-systèmes modulaires ne résoudront à eux seuls la faim dans le monde. Believer Meats est confrontée à des questions non résolues de mise à l’échelle, de coûts et d’acceptation. POWERLENS reste limité dans sa portée et ne peut remplacer les causes structurelles de la pauvreté.

La comparaison montre que « l’innovation contre la faim » n’est pas un projet homogène. Elle peut signifier transformer les marchés — ou les contourner délibérément.

Believer Meats vise la sécurité alimentaire par la transformation industrielle.
POWERLENS mise sur l’approvisionnement là où la transformation n’est pas une option.

Toutes deux sont des réponses à la faim, mais elles reposent sur des définitions différentes de ce qu’est réellement le problème.

POWERLENS et Believer Meats ne jouent pas dans la même catégorie — et ne cherchent pas à le faire. Leur « potentiel » n’est donc pas comparable à la même échelle, mais seulement dans un même espace de sens. L’une aborde l’alimentation mondiale comme une question industrielle ; l’autre considère la faim comme un défi moral et pratique.

Believer Meats veut nourrir le monde en transformant le marché.
POWERLENS veut nourrir là où le marché n’a plus de rôle.

Les deux approches ont en commun de ne plus concevoir l’alimentation principalement comme un bien culturel ou marchand, mais comme une infrastructure fondée sur des principes éthiques. Believer Meats comme POWERLENS s’attaquent aux externalités négatives des systèmes alimentaires existants et posent implicitement la question des conditions dans lesquelles la production alimentaire demeure légitime. Chez Believer Meats, cette critique vise l’élevage industriel, l’usage des terres et les émissions ; chez POWERLENS, elle vise les dépendances aux structures énergétiques, de transport et de marché dans les régions vulnérables. Dans les deux cas, la protéine est détachée de ses présupposés traditionnels : le corps animal, le sol fertile, des chaînes d’approvisionnement stables et la prise en charge étatique. L’alimentation apparaît ainsi moins comme le produit d’une origine que comme le résultat d’un calcul normatif dans lequel souffrance, consommation de ressources et accessibilité sont mis en balance. Les deux projets suivent en outre une logique de prévention : ils ne réagissent pas uniquement aux situations de famine aiguë, mais à des risques structurels — changement climatique, instabilité géopolitique, pression démographique — qui rendent les systèmes existants peu fiables. Malgré leurs échelles différentes, ils partagent une conception commune de la « nourriture éthique » comme quelque chose qui doit non seulement nourrir, mais aussi être produit, distribué et justifié de manière responsable.

Une Lumière — ou un commencement

Que l’on voie dans le travail des trois élèves Lihi Azulay, Yasmin Millman et Hodaya Kamari, ou dans l’entreprise de Professeur Yaakov Nahmias, un don divin ou une mission nationale d’un peuple annoncé par le même Dieu comme une « Lumière parmi les nations » : ces produits montrent, d’une part, à quel point la responsabilité globale peut se concrétiser tôt, et, d’autre part, avec quelle efficacité. Ils montrent aussi que c’est le même Dieu Qui donne et qui reprend, et Qui a laissé sombrer dans la ruine le grand espoir de Believer Meats. L’humanité d’aujourd’hui mériterait-elle une telle bénédiction : une pluie littérale non de manne, mais de cailles ?

Pour quoi faire ?

Par Okay Altinisik | 6-2-2026, 16:26:52

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